Beyond Storytelling : Traduire, c'est bien. Adapter, c'est mieux.

Pourquoi la traduction ne suffit pas
Tout au long de ma carrière en communication bilingue, une demande est revenue d'innombrables fois : Peux-tu traduire ce document en anglais ? Pendant longtemps, j'ai pensé que c'était précisément ce que je faisais. Une fois les faits validés et le message approuvé, il ne restait, en apparence, qu'à transposer un contenu d'une langue à une autre tout en restant fidèle au texte d'origine.
Avec le temps, j'ai pourtant compris que la communication est rarement aussi simple.
Au fil des campagnes internationales auxquelles j'ai participé, j'ai réalisé que l'efficacité d'un message ne dépend pas uniquement de la qualité de sa traduction, mais de la capacité à en préserver le sens. Un texte peut être irréprochable sur le plan linguistique et pourtant manquer complètement sa cible. Comprendre une langue ne signifie pas nécessairement comprendre un message. Cette compréhension est influencée par le contexte, les attentes, les références culturelles et la manière dont chaque public interprète ce qu'il lit. Cette prise de conscience a profondément transformé ma façon d'aborder la communication multilingue.

Pourquoi adapter plutôt que traduire ?
On utilise souvent les termes traduction et adaptation comme s'ils désignaient la même chose. Pourtant, ils répondent à deux objectifs bien différents. La traduction veille à la fidélité des mots ; l'adaptation veille à la fidélité du sens.
J'en ai pris pleinement conscience lors d'une campagne de communication autour d'une problématique communautaire au Nigeria. Le communiqué de presse avait été rédigé en anglais et, à première vue, rien ne justifiait la création d'une seconde version. Les journalistes internationaux comme les journalistes locaux parlaient anglais, les informations étaient identiques et les arguments n'avaient pas changé. Tout semblait donc indiquer qu'un seul document suffirait.
Pourtant, ce n'était pas le cas.
En préparant notre stratégie média, nous avons rapidement compris que la version destinée à la presse internationale ne produirait pas le même effet auprès des journalistes locaux. Les premiers avaient besoin de comprendre le contexte, les enjeux juridiques et les raisons pour lesquelles cette affaire méritait une attention internationale. Les seconds connaissaient déjà cette réalité. Ils attendaient un message plus direct, plus concret et davantage ancré dans le quotidien des communautés concernées. Les faits n'ont jamais changé. Le ton, lui, a changé. Et cela a fait toute la différence.
Cette expérience m'a rappelé que nous n'adaptons pas nos messages parce que nos publics parlent des langues différentes. Nous les adaptons parce que des publics différents interprètent différemment une même langue.

Adapter, c'est d'abord comprendre
Cette expérience a profondément changé ma manière d'aborder la communication multilingue. J'ai cessé de me demander si une traduction était fidèle pour commencer à me demander si elle était réellement adaptée aux personnes qui allaient la lire.
L'objectif n'était plus de reproduire chaque phrase à l'identique, mais de préserver l'intention du message tout en lui permettant de trouver naturellement sa place dans un autre contexte culturel. Avec le temps, j'ai compris qu'une communication efficace commence toujours par la compréhension de son public. Avant de choisir les bons mots, il faut comprendre à qui l'on s'adresse et ce dont cette audience a besoin pour s'approprier le message.

L'adaptation est une compétence stratégique
C'est pourquoi je considère aujourd'hui que l'adaptation est une véritable compétence stratégique en communication, bien plus qu'un simple exercice linguistique. De la même manière que la communication commence bien avant la publication d'un communiqué de presse, l'adaptation débute bien avant la traduction de la première phrase. Elle commence par une compréhension fine du public, de son contexte, de ses attentes et des éléments qui influenceront sa perception du message.
En ce sens, l'adaptation est au cœur même de la communication stratégique. Elle exige de la recherche, de l'écoute, de l'empathie et un véritable esprit d'analyse. Elle invite les communicants à dépasser la question de la langue pour s'intéresser à ce qui compte réellement : la manière dont un message sera reçu, compris et approprié.
De la traduction des mots à l'adaptation du sens
Au fil de mes expériences, une conviction s'est imposée : la langue, à elle seule, ne suffit jamais. La traduction permet à l'information de franchir les frontières linguistiques. L'adaptation permet au sens de franchir les frontières culturelles. La campagne menée au Nigeria me l'a une nouvelle fois confirmé : le véritable défi de la communication n'est presque jamais la langue, mais l'idée que deux personnes parlant la même langue comprendront nécessairement un message de la même manière. Notre responsabilité, en tant que communicants, n'est donc pas simplement de traduire des mots, mais d'adapter les messages afin que leur intention reste intacte, quel que soit le public auquel ils s'adressent