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Une œuvre doit avoir un acte de naissance

  • Photo du rédacteur: ckle
    ckle
  • il y a 5 heures
  • 3 min de lecture
Participants au Panel

Ils sont musiciens, plasticiens, éditeurs. Ils viennent de Cotonou, Dakar ou Abidjan. Le point commun ? Une créativité débordante, mais une difficulté persistante à en vivre. C'est de ce paradoxe qu'est né le panel « Économie créative & industrialisation des arts : modèles économiques, chaînes de valeur » de la 4ième édition du Festival International des Arts du Bénin (FINAB). 

 

Pour une agence comme CKLE, qui accompagne des organisations, des entrepreneurs et des acteurs publics dans la structuration de leurs stratégies et de leurs écosystèmes, la question n’était pas seulement culturelle. Elle était systémique : comment transformer la créativité en secteur économique organisé ? Comment passer d’initiatives dispersées à des chaînes de valeur cohérente ? Comment articuler passion artistique et viabilité économique ? 

 

Dans un contexte où les industries culturelles et créatives (ICC) sont de plus en plus présentées comme un levier de croissance en Afrique de l’Ouest, ce panel apparaissait comme un espace critique pour comprendre les blocages structurels et identifier les leviers d’industrialisation. Pour CKLE, il ne s’agissait pas simplement de couvrir un événement culturel, mais d’analyser un débat stratégique sur la transformation économique d’un secteur en plein potentiel. 

 

 

De la création à la valeur : les enseignements clés du panel 


Sous la modération de Romuald Houesse, acteur clé du secteur culturel, les échanges ont rapidement révélé une tension centrale : l’Afrique ne manque ni de créativité ni de talents, mais elle peine à structurer ses chaînes de valeur. 


Didier Awadi, Panéliste

L’artiste-producteur Didier Awadi a posé un jalon fondamental : la formalisation juridique est la première étape de toute industrialisation. « Une œuvre doit avoir un acte de naissance », a-t-il rappelé. Autrement dit, sans déclaration, sans protection et sans maîtrise contractuelle, il n’y a pas d’économie viable. Il a souligné l’importance des outils proposés par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), notamment la plateforme CLIP, pour aider les créateurs à comprendre et gérer leurs contrats. Le message est stratégique : la propriété intellectuelle est l’infrastructure invisible de la valeur créative. 

 


Cette logique d’infrastructure a été approfondie par Alain Laerond, expert technique international en ICC. Il a insisté sur le fait que « l’économie créative » n’est pas une entité homogène mais un ensemble d’écosystèmes multiples, portés par des acteurs dont la motivation première est artistique. Les créateurs, a-t-il souligné, sont d’abord des passionnés. La dimension économique n’est pas leur point d’entrée naturel. Pourtant, l’économie d’une œuvre commence dès sa création et s’amplifie avec sa diffusion. Or c’est précisément la diffusion qui constitue le maillon faible. Beaucoup mobilisent des financements pour produire, mais peinent à accéder à des circuits de dissémination efficaces, ce qui les enferme dans une boucle de production sans croissance. La réflexion engagée par l’ADAC Bénin sur la création d’espaces et d’outils de diffusion illustre la nécessité d’investir dans cette infrastructure manquante. 


Vamossa Diomandé, Panéliste

Le diagnostic de Vamossa Diomandé, responsable réseau HIT Radio Africa, a apporté une perspective plus macro. Selon lui, l’économie créative africaine reste à un stade embryonnaire. Non par manque de potentiel, mais par déficit d’organisation.


Pour générer de la valeur, les acteurs doivent se structurer juridiquement, analyser leur environnement concurrentiel et développer une stratégie claire. « Une idée sans stratégie est vide », a-t-il affirmé. Son propos rejoint une préoccupation centrale pour CKLE : la créativité seule ne suffit pas ; elle doit être encadrée par des systèmes et des choix stratégiques. 

 

Enfin, Jéronime Zanmassou, docteure en économie et gestion du patrimoine, a rappelé que la création de richesse dans les arts s’appuie sur un socle identitaire : le patrimoine. Celui-ci nourrit les différentes branches de l’industrie culturelle, permet la différenciation et devient une ressource économique à part entière. Des exemples comme le Mur du Port à Cotonou ou les Vodun Days montrent comment le patrimoine peut générer des opportunités pour de nombreux créatifs. Mais, là encore, la diffusion reste un défi structurel, et le numérique apparaît comme un moteur clé de promotion et d’expansion. 

 

Une question de chaîne de valeur, pas seulement de talent 

 

Panéliste

Ce panel a confirmé une intuition forte : le défi des ICC en Afrique de l’Ouest n’est pas la création. Il réside dans la structuration de la chaîne de valeur — création, protection, production, diffusion, monétisation. Pour CKLE, cette réflexion dépasse le secteur culturel. Elle interroge la capacité des écosystèmes africains à transformer leur capital créatif et symbolique en puissance économique durable. Industrialiser les arts ne signifie pas dénaturer la création ; cela signifie lui donner les outils pour survivre, circuler et générer de la valeur. 

 

Au FINAB 2026, ce panel a ainsi offert bien plus qu’un échange sectoriel. Il a posé les bases d’une conversation stratégique sur l’ingénierie économique de la culture. Et c’est précisément cette conversation que CKLE entend continuer à documenter, analyser et accompagner. 

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